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http://fr.ulule.com/francois-villon/
En l’an 23 avant Internet,
tandis que je commençais à m’intéresser à Villon, j’appris qu’il existait un
château à Meung-sur-Loire où l’on pouvait voir le cul-de-basse-fosse où le
méchant et pervers évêque Thibault d’Aussigny (ou d’Auxigny ) avait tenu
prisonnier le pauvre François tout un été non sans l’avoir un peu torturé (car
il fallait bien un peu rigoler).
Faut dire que le gars
François avait du se faire choper avec quelques coquillards après avoir un peu
pillé des églises de la région (car il fallait bien rigoler et éventuellement
fondre les chandeliers d’argent pour fabriquer de la fausse mornifle).
Projetant déjà de faire
quelque chose sur Villon, il fallait absolument que je voie ça et que je
photographie l’endroit avec mon joli polaroid tout neuf.
J’essayai bien de poser
quelques questions autour de moi… Meung-sur-Loire ?… Ouais… on
connaissait… un peu… vaguement…
J’entrepris de glaner des
renseignements dans les livres auxquels je pouvais avoir accès c’est-à-dire les
bios du poète qui précédaient ses œuvres (en livres de poche) mais sans trouver
grand chose et jamais d’éléments visuels.
Et ouais, c’était comme ça
au 20ème siècle, il fallait courir les bibliothèques, interroger,
chercher… Et puis, si vous n’étiez pas répertorié comme étudiant en histoire,
universitaire, prof, ou grand mamamouchi médiéviste, vous aviez plus de chances
de vous faire jeter (certes poliment) mais jeter quand même des lieux de savoir
que de vous en voir ouvrir les portes à double battant.
Qu’est-ce qu’un adolescent -
même pas bachelier-, prétendant réaliser un bouquin (et encore… une BD !)
sur Villon pouvait bien venir foutre avec ses gros sabots de berrichon parmi
les historiens à nœuds papillons et les plus austères et distingués
paléographes ?… Hein ?… Il n’était pas donné à n’importe qui de faire craquer les
planchers de certaines bibliothèques… Fallait la carte ! Et la bonne !
Il me revient ce passage
d’une chanson de Caussimon écrite pour Ferré :
« Fais pas ça,
copain ! Faut laisser faire les spécialistes ! »
(« Les
spécialistes » Caussimon / Ferré)
Ça me rappelle une anecdote
que m’a confiée Christian Gine, formidable et très élégant dessinateur, ami de
Gilles Chaillet avec qui il participa au journal « Tintin »
« L’hebdoptimiste » et sur les scénario duquel il a signé « Les
boucliers de Mars » (Glénat).
Dans les années 70,
Christian et Gilles étaient deux jeunes auteurs de BD, chevelus, joyeux (et « larges d’épaules »
ajouterait le père Hugo).
Gilles était, depuis
l’enfance et sa lecture de la BD « Alix » de Jacques Martin, fasciné
par la Rome Antique. Après être entré comme maquettiste aux éditions Dargaud,
son goût pour l’architecture et sa parfaite maîtrise de la perspective lui avaient
permis de réaliser des décors pour Albert Uderzo dans l’Astérix « Le
Domaine des dieux ». Puis il avait casé sa BD « Vasco » aux
éditions du Lombard.
Déjà, il prévoyait bien sûr,
de créer une série où il pourrait mettre en scène la Rome de Ben Hur ! A
l’époque, c’était un peu compliqué car Martin semblait avoir le monopole de la
bande dessinée traitant de l’antiquité romaine. Il fut d’ailleurs, le premier
auteur à amener de la rigueur historique dans ce qu’il produisait.
Toujours est-il, qu’en attendant
« son heure », Gilles entraîna Christian à Rome pour y traquer la
documentation, prendre des photos… bref, travailler avec sérieux. Sans doute
avaient-ils prévu de rencontrer quelques érudits qui leur refileraient des
renseignements de première bourre…
« Ils nous ont
accueillis comme des dessinateurs de fumetti ! » m’a raconté Gine.
C’est-à-dire comme des petits mecs tout juste bons à dessiner des héros en
collant moule-burnes dans d’improbables espaces intergalactiques…
Qu’importe ! Chaillet
ne s’est pas démonté pour autant. Il a continué à accumuler la documentation, à
étudier, à lire tout ce qu’il pouvait sur la question.
Et puis, quelque 30 ans plus
tard, après avoir, réalisé de multiples albums de sa série « Vasco »,
mais aussi de « Lefranc » sur des scénarios de Martin, il se lança
dans cette pure folie qui consistait à réaliser, non pas un « plan »
de Rome, mais une vue de la « ville éternelle » à vol d’oiseau, dans
un style « ligne-claire réaliste » que célèbrera un autre grand
dessinateur de BD « antique » : Philippe Delaby.
C’est ainsi qu’en 2004 parut
« Dans la Rome de Césars » et c’est ainsi que Gilles Chaillet fut
invité en grande pompe… au Colisée où ses travaux furent exposés !
Cerise sur le gâteau :
en recoupant les différentes données qu’il avait pu acquérir, Gilles avait
localisé précisément une fontaine qui avait échappé aux historiens !
Je suis vraiment heureux
pour lui qu’il ait pu accomplir tout ça avant d’être emporté par un cancer à la
con.
-
Mais quel rapport avec
Villon ? vous entends-je me susurrer aux portugaises…
Ben, le rapport, c’est que
lorsqu’on travaille sur un sujet, il faut essayer de vérifier le plus
d’informations possibles. Voire, de les re vérifier !
D’autant plus avec Villon
dont la bio pleine de trous et l’œuvre, truffée de double sens et d’allusions parfois indéchiffrables
vous entraînent vite dans les fantasmagories.
C’est ainsi que je finis par
me rendrer à Meung-sur-loire pour voir le château et ce fameux cul de basse
fosse ».
Je ne fus pas déçu, la
collégiale, toute proche était délicieusement sinistre avec son toit à crever
le ciel. Dans le château, une jolie pancarte en forme de parchemin indiquait
l’accès aux oubliettes. Quant au cul de basse fosse, il tint ses promesses,
sombre, implacable, en forme de puits. Pile poil ce que j’avais imaginé.
Evidemment, j’achetai le
petit livret qui amenait des précisions sur les lieux, histoire de ne pas en
perdre une miette.
Voici ce que l’on pouvait y
lire :
« Les Oubliettes
Prison des condamnés à mort
« Cul-de-basse-fosse de
Fançois Villon »
« Il s’agit d’une
espèce de tour souterraine d’une profondeur de 12 mètres et d’un diamètre de 5
mètres au fond de laquelle et au centre, existe un puits faisant environ 2
mètres au-dessus du niveau de la nappe d’eau. Ce puits servait aux prisonniers
pour faire leurs excréments et aussi pour y jeter les ossements des morts. Lors
des rixes qui éclatèrent souvent pour le partage de l’eau et de la miche, les
plus forts y précipitaient les plus faibles . »
Nom de Diou ! C’est pas
beau ça ?… Y’ a un petit côté « Midnight Express », « La
nuit des morts-vivants » et la grotte aux lépreux de « Ben Hur »
tout à fait saisissant !
Dire que mon François
s’était retrouvé dans cette Hollywooderie !
Mais continuons la lecture
du livret touristique :
« Le célèbre poète
François Villon commit des méfaits à Orléans et fut arrêté et emprisonné au
château de Meung. Il comparut devant Mgr Thibault d’Aussigny et fut condamné à
mort, après avoir subi la question de l’eau, dans une salle spéciale des galerie
souterraines en l’an 1461. Il obtint un sursis par ordre de Charles VII et,
plus tard, sa libération par Louis XI. Il sortit en automne 1461 après cinq
mois dans les prisons de Meung.
On ignora pendant de longues
années, l’endroit exact de cette fameuse fosse des condamnés à mort et ce n’est
qu’en 1973 qu’elle fut mise à (sic) jour. »
Eh ben ! Depuis, je
n’ai jamais lu que l’évêque avait condamné Villon à mort… Qu’il lui ait offert
un séjour au frais et fait avaler de la flotte, ça c’est indéniable…
Quant au fait que Villon
ait obtenu « un sursis de Charles
VII », je ne sais où le rédacteur a été pêcher cette info. Il ne faudrait
pas oublier que Villon n’était pas encore la star de la poésie qu’il allait devenir
au fil des siècles (surtout à partir du 19ème !).
Si Charles VII s’était
appelé Jacques Chirac, il aurait certainement dit que de savoir Villon
engrillagé à Meung-sur-Loire, ça lui en touchait une sans faire bouger l’autre…
Quant à penser que François
a été libéré par la volonté de Louis XI, ça relève de la farce. Une tradition
voulait qu’on libérât systématiquement les prisonniers de la région quand peu
après son avènement, un nouveau roi faisait son entrée dans quelque bonne
ville.
Mais le plus amusant, c’est
que la « fameuse fosse » de Villon ait été mise « à jour »
en 1973.
Bon… Déjà on ne dit pas
« mise à jour » quand il s’agit d’une découverte archéologique mais
« au jour »… Passons…
La grosse blague réside dans
le fait que cette « fosse » n’est pas et n’a jamais été un
cul-de-basse-fosse puisqu’il s’agit d’un glacière du XVIIIème
siècle !… ! ! !
C’est ce que m’a appris l’an
dernier, la très excellente conférencière qui a présenté le château et la vie
médiévale aux élèves du collège Tabarly de Pavillons-sous-bois avec qui nous
avons réalisé une bio de Villon.
Qu’était-ce donc qu’une
« glacière » ?
On trouvait de ces ancêtres
du congélateur dans certains châteaux et grandes maisons. Il s’agissait de
fosses dans lesquels on stockait la glace naturelle de l’hiver prise dans les
étangs des alentours.
Pour mieux la conserver, on
alternait couches de glace et couches de paille.
Vers 1660, Catherine de
Médicis (qui était une grosse gourmande), ramena d’Italie, sa passion pour les
sorbets, les glaces, les boissons fraîches et les fruits glacés. Toute réception
un peu raffinée se devait de présenter ses gâteries.
La Cathy, elle, son péché
mignon, c’était le macaron à la crème glacée…
Toute la cour en raffola,
bientôt.
Plus tard, à Versailles il y
aura jusqu’à 10 glacières pour rafraîchir l’haleine putride des courtisans.
C’est Marco Polo qui le
premier, ramena d’Asie, une recette de glace à base de lait de Yack.
Le lait de Yack, j’en ai
jamais bu, mais il est paraît que c’est …. Heu… très fort ! Donc pour
consommer des glaces au lait de Yack, mieux valait les parfumer à la vieille
poire ou à la fraise des bois…
Et puis des yacks, y’en
avait pas tellement à Venise, alors on s’est vite rabattu sur le lait de vache.
Youpi ! La glace
italienne était née !
Revenons à notre glacière de
Meung-sur-Loire.
Les anciens propriétaires
qui ont acquis le château dans les années 70 ont inventé ce bobard pour exciter
les touristes… Et ça a marché.
Pipus pipotus popatus
pipeau !
Je m’étonnais de ne jamais
trouver sous la plume des historiens que j’avais lus et relus, une description
de ce cul-de-basse-fosse…
Pensez, une fosse où les
prisonniers jettent les plus faibles dans un puits pour pouvoir becquetez une
croûte et boire un peu d’eau, ça marque l’imagination.
Eh, bien ni Champion, ni
Favier ni aucun autre chercheur ne mentionna la chose.
Peut-être Favier avait-il eu
vent de la supercherie et s’en était amusé sans la signaler, pensant peut-être
qu’en définitive, cela provoquerai l’intérêt de nos contemporains pour
l’Histoire…
Peut-être… Je ne sais pas.
Toujours est-il que cette
révélation tardive me permit de mettre en garde les élèves contre les documents
irréfutables, les bouquins indiscutables et les théories diverses et avariées
qui fleurissent sur le net…
Le doute ! Le
doute ! Le doute !
Et quand on ne sait pas, il
ne faut pas avoir peur de dire qu’on ne sait pas.
Ce n’est pas parce que des
illuminés nous produisent des bouquins moisis datant de l’arrière-arrière
grand-père de mon arrière-grand père qu’il contiennent plus de vérités que les
articles les plus récents…
Et puis, une fois de plus,
attention aussi à ce que laisse entendre Villon.
Il dit de l’évêque qu’il
« n’est ni son cerf ni sa biche » sous-entendant que le prélat était
homosexuel…Ceci n’est pas une certitude… Un truand qui traite son juge de
« pédé » n’a rien de très original ni de très surprenant. Il est vrai
qu’il s’exprime rarement dans le style de Villon.
Mais bon, la légende
« Villon », le romanesque de la situation font qu’il est plus
intéressant pour qui traite de fiction, d’exploiter ces éléments croustillants.
C’est toute la différence
entre la rigueur de l’historien et les libertés qu’un romancier se doit de
prendre pour captiver son lecteur.
Avec l’œuvre de Villon,
c’est assez facile puisque de multiples interprétations peuvent lancer sur
différents scénarios.
En tout cas, je ne saurais
trop recommander à mes copines et copains enseignants d’emmener leurs élèves
visiter le château de Meung-sur-Loire et la collégiale Saint-Liphard qui est
juste à côté. Vous rencontrerez sans doute cette guide-conférencière épatante
(dont je n’ai malheureusement pas le nom). Elle dira tout de la vie quotidienne
du Moyen-âge et fera même essayer des vêtements et des coiffes médiévales aux
mômes qui le souhaiteront.
Et
nous voilà au 38ème jour
d’avant la fin de l’opération Ulule pour que Bruno Daraquy puisse
enregistrer le fameux disque sur Villon dont nous rêvons et qui accompagnerait
le livre « François Villon, corps à cœur ».
N’hésitez
pas à jeter un œil sur http://fr.ulule.com/francois-villon/
et cinq, dix,
quinze, trente… euros dans notre sébile
Faites
connaître l’opération autour de vous.
J’exprime
mes plus vifs remerciement à tous ceux qui y ont déjà participé un peu ou
beaucoup.
D’un point de vue « stratégique », la production du
disque est très importante car elle va nous permettre de toucher certaines «
grosses » antennes de radio et de présenter l’ouvrage dans les festivals
et lieux de spectacle en plus des salons du livre « classiques ».
C’est une vraie et belle aventure que je voulais voir se
concrétiser depuis longtemps. Elle n’a jamais été si près d’aboutir grâce
aux talents conjugués de Yil, de Malto, du grand Bruno Daraquy et de ses
musiciens : Laurent Bézert et Thomas Garrigou !
Il reste 38 jours.
Vous pourrez suivre la
progression de l’ouvrage mais aussi trouver des extraits du livre et des
documents sur le Paris de Villon sur :
Vous pouvez lire l’article
que Michel Kemper consacra au spectacle « Frères humains, 17 chansons
autour de François Villon, ici : http://www.nosenchanteurs.eu/index.php/2012/04/29/bruno-daraquy-pcc-francois-villon/
![]() |
38 jours encore pour réunir les fonds pour l’enregistrement
du disque…
Alors…
http://fr.ulule.com/francois-villon/ |
![]() |
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Photo de Claire Xavier prise l’an dernier à Meung-sur-Loire.
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La photo de la
collégiale est de Claire Xavier…
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La photo de la
collégiale est de Claire Xavier…
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Thibault d’Aussigny au Musée Grévin ? |
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A droite « l’entrée des oubliettes »
telle qu’on peut la voir au château de Meung-sur-Loire… C’est sympatoche et primesautier ! On se croirait dans « Le Bal des Vampires » ! |
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