samedi 28 février 2026

 

Laurence Kleinberger « IL FAUT CACHER LES ENFANTS ! »


J’ai précédemment présenté Laurence Kleinberger que j’ai sacrée « Reine de la déconne stylée » dans « Les heures joyeuses ».

Avec son nouveau livre « Il faut cacher les enfants ! » c’est une tout autre Laurence qui nous propose un documentaire constitué d’une suite de témoignages sur les heures sombres de la guerre et la traque des juifs parmi lesquels se trouvaient des membres de sa famille.

Pour qui a eu la chance, comme moi, de côtoyer longtemps ses grands-parents – et même ses arrière-grands-parents   – avec qui j’ai pu travailler, rigoler, chanter, danser, chahuter aller au cinéma, au café, aux comices agricoles, aux feux d’artifices –   … il est difficilement imaginable de ressentir ces amputations familiales qui font que pépé, mémé, tonton, tata, ont été assassinés et n’ont laissé pour trace que quelques photos, quelques écrits, quelques souvenirs… 

Dans un style limpide, simplissime, Laurence Kleinberger, a transcrit, des témoignages, des enregistrements de souvenirs…

On pourrait se demander si après des milliers d’ouvrages traitant de la Shoah, un tel livre avait une raison d’être. L’autrice elle-même s’est posé la question. Pourtant la chaleur, l’humanité qui émane de l’ouvrage et surtout l’évocation des enfants cachés, en fuite, en perdition, avec la peur au ventre, en redoutant la mort qui cogne aux portes, la mort qui soulève des trappes, la mort qui soupçonne, mais que parfois l’on berne et à laquelle on échappe par astuce, par courage ou par… hasard, en font un document historique très instructif. Et puis l’Histoire ainsi vue à hauteur d’homme regorge d’histoires palpitantes et parfois même drolatiques comme cette petite bible sur les pages de garde de laquelle Romain Kleinberger a noté une blague digne de Marcel Gotlib (lui-même fils de déporté) ou des Monty Python.

Et puis, il y a les Justes, des gens tout simples, simplement humains, qui sauveront de la barbarie d’autres humains, parents et enfants. Des gens tout simples, comme la lumineuse Mariette, âgée de cent ans que Laurence  a retrouvée et interviewée tout récemment.

En lisant ce livre, je pensais à Gainsbourg qui racontait comment il avait dû s’éloigner de l’institution scolaire où il se trouvait pour éviter une rafle. On lui avait dit de filer dans la forêt, donné une hache et recommandé de dire qu’il était le fils d’un bûcheron s’il était interpellé. Joann Sfar a filmé cette séquence dans son excellent « Gainsbourg, vie héroïque ». Je pensais également à Pierre Barouh qui dans l’émission « À voix nue » sur France Culture racontait comment, alors qu’il était caché dans une ferme en Normandie où les allemands avaient fait une descente pour traquer des juifs et les maquisards, il avait trouvé refuge, dans le lit d’une des gamines de la famille qui l’avait planqué sous ses draps. Un des jeunes soldats chargés d’inspecter les chambres et intrigué par la bosse que formait le Pierrot sous l’édredon, le découvrit. L’allemand, lui fit signe de se taire, rabattit les draps et revint vers les officiers en disant qu’il n’avait rien trouvé… Deux fois « ouf ! » Impossible d’imaginer l’histoire de la chanson sans Gainsbourg et Barouh, ce merveilleux ambassadeur français de la bossa et de la samba. Ce sont des étincelles d’humanité, d’intelligence et de bonté qui brillent dans cette nuit poisseuse.

À revoir également, le très beau film de Pierre Granier-Deferre « Le train » avec une Romy Schneider et un Jean-Louis Trintignant bouleversants.

Le livre de Laurence Kleinberger donnera à réfléchir à tous les anciens enfants qui transposeront leurs fragilités et leurs angoisses d’autrefois avec celles des mômes que décrivent les témoins.

Je suis évidemment très content d’avoir pu à nouveau signer la couverture d’un livre de Laurence.

« Il faut cacher les enfants » Laurence Kleinberger – éditions Transmettre



 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire