Laurence Kleinberger « IL FAUT CACHER LES ENFANTS ! »
Avec son nouveau livre « Il faut cacher les
enfants ! » c’est une tout autre Laurence qui nous propose un
documentaire constitué d’une suite de témoignages sur les heures sombres de la
guerre et la traque des juifs parmi lesquels se trouvaient des membres de sa
famille.
Pour qui a eu la chance, comme moi, de côtoyer longtemps ses
grands-parents – et même ses arrière-grands-parents – avec
qui j’ai pu travailler, rigoler, chanter, danser, chahuter aller au cinéma, au
café, aux comices agricoles, aux feux d’artifices – … il
est difficilement imaginable de ressentir ces amputations familiales qui font
que pépé, mémé, tonton, tata, ont été assassinés et n’ont laissé pour trace que
quelques photos, quelques écrits, quelques souvenirs…
Dans un style limpide, simplissime, Laurence Kleinberger, a
transcrit, des témoignages, des enregistrements de souvenirs…
On pourrait se demander si après des milliers d’ouvrages
traitant de la Shoah, un tel livre avait une raison d’être. L’autrice elle-même
s’est posé la question. Pourtant la chaleur, l’humanité qui émane de l’ouvrage
et surtout l’évocation des enfants cachés, en fuite, en perdition, avec la peur
au ventre, en redoutant la mort qui cogne aux portes, la mort qui soulève des
trappes, la mort qui soupçonne, mais que parfois l’on berne et à laquelle on
échappe par astuce, par courage ou par… hasard, en font un document historique
très instructif. Et puis l’Histoire ainsi vue à hauteur d’homme regorge
d’histoires palpitantes et parfois même drolatiques comme cette petite bible
sur les pages de garde de laquelle Romain Kleinberger a noté une blague digne
de Marcel Gotlib (lui-même fils de déporté) ou des Monty Python.
Et puis, il y a les Justes, des gens tout simples,
simplement humains, qui sauveront de la barbarie d’autres humains, parents et
enfants. Des gens tout simples, comme la lumineuse Mariette, âgée de cent ans
que Laurence a retrouvée et interviewée
tout récemment.
En lisant ce livre, je pensais à Gainsbourg qui racontait
comment il avait dû s’éloigner de l’institution scolaire où il se trouvait pour
éviter une rafle. On lui avait dit de filer dans la forêt, donné une hache et
recommandé de dire qu’il était le fils d’un bûcheron s’il était interpellé.
Joann Sfar a filmé cette séquence dans son excellent « Gainsbourg, vie
héroïque ». Je pensais également à Pierre Barouh qui dans l’émission
« À voix nue » sur France Culture racontait comment, alors qu’il
était caché dans une ferme en Normandie où les allemands avaient fait une
descente pour traquer des juifs et les maquisards, il avait trouvé refuge, dans
le lit d’une des gamines de la famille qui l’avait planqué sous ses draps. Un
des jeunes soldats chargés d’inspecter les chambres et intrigué par la bosse
que formait le Pierrot sous l’édredon, le découvrit. L’allemand, lui fit signe
de se taire, rabattit les draps et revint vers les officiers en disant qu’il
n’avait rien trouvé… Deux fois « ouf ! » Impossible d’imaginer
l’histoire de la chanson sans Gainsbourg et Barouh, ce merveilleux ambassadeur
français de la bossa et de la samba. Ce sont des étincelles d’humanité,
d’intelligence et de bonté qui brillent dans cette nuit poisseuse.
À revoir également, le très beau film de Pierre
Granier-Deferre « Le train » avec une Romy Schneider et un Jean-Louis
Trintignant bouleversants.
Le livre de Laurence Kleinberger donnera à réfléchir à tous
les anciens enfants qui transposeront leurs fragilités et leurs angoisses
d’autrefois avec celles des mômes que décrivent les témoins.
Je suis évidemment très content d’avoir pu à nouveau signer
la couverture d’un livre de Laurence.
« Il faut cacher les enfants » Laurence
Kleinberger – éditions Transmettre


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